LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): DENTRO Y FUERA

Posted on 5 febrero, 2013

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RESISTENCIA FRANCESALe soir tombe. Il y a des promeneurs sur la route, en bordure de la voie. Ils vont vers ce petit village couronné de fumées calmes. Peut-être ont-ils un regard vers ce train, un regard distrait, ce n’est qu’un train de marchandises comme il ne passe souvent. Ils vont vers leurs maisons. Ils n’ont que faire de ce train, ils ont leur vie, leurs soucis, leurs propres histoires. Je réalise subitement, à les voir marcher sur cette route, comme si c’était une chose toute simple, que je suis dedans et qu’ils sont dehors. Une profonde tristesse physique m’envahit. Je suis dedans, cela fait des mois que je suis dedans, et ces autres sont dehors. Ce n’est pas seulement le fait qu’ils soient libres, il y aurait beaucoup à dire là-dessus. C’est tout simplement qu’ils sont dehors, que pour eux il y a des routes, des haies au long des sentiers, des fruits sur les arbres fruitiers, des grappes dans les vignes. Ils sont dehors, tout simplement, alors que je suis dedans. Ce n’est pas tellement le fait de ne pas être libre d’aller où je veux, on n’est jamais tellement libre où l’on veut. Je n’ai jamais été tellement libre d’aller où je voulais. J’ai été libre d’aller où il fallait que j’aille, et il fallait que j’aille dans ce train, puisqu’il fallait que je fasse les choses qui m’ont conduit dans ce train. J’étais libre d’aller dans ce train, tout à fait libre, et j’ai bien profité de cette liberté. J’y suis, dans ce train. J’y suis librement, puisque j’aurais pu ne pas y être. Ce n’est donc pas ça du tout. C’est tout simplement une sensation physique : on est dedans. Il y a le dehors et le dedans, et je suis dedans. C’est uns sensation de tristesse physique qui déferle en vous, rien d’autre.
(Jorge Semprun: Le grand voyage, Gallimard, pag. 25-26)

(Cae la noche. Hay paseantes en la carretera, al borde de la vía. Van hacia ese pueblecito coronado de humaredas en calma. Puede que echen una mirada hacia ese tren, una mirada distraída, no es más que un tren de mercancías como los que pasan a menudo. Van hacia sus casas. Ese tren les da igual, tienen su vida, sus preocupaciones, sus propias historias. Súbitamente me doy cuenta, al verlos caminar sobre esta carretera, como si fuera una cosa muy simple, que yo estoy dentro y que ellos están fuera. Una profunda tristeza física me invade. Yo estoy dentro, hace meses que yo estoy dentro, y ellos están fuera. No es sólo el hecho de que sean libres, habría mucho más que decir. Simplemente, como están fuera, para ellos existen las carreteras, setos a lo largo de los senderos, frutas en los árboles frutales, uvas en las viñas. Están fuera, así de simple, mientras que yo estoy dentro. No es tanto el hecho de no ser libre de ir a donde quiero, nunca se es tan libre como para ir a donde se quiera. Nunca he sido tan libre de ir a donde quiera. He sido libre para ir donde hacia falta que fuera, y hacía falta que fuera en este tren, ya que hacía falta que hiciera las cosas que me han conducido a este tren. Era libre de ir en este tren, completamente libre, y bien que me aproveché de esta libertad. Aquí estoy, en este tren. Aquí estoy libremente, ya que habría podido no estar aquí. No es por lo tanto nada de esto. Es simplemente una sensación física: vamos dentro. Está el interior y el exterior, y yo estoy dentro. Es una sensación de tristeza física que irrumpe en ti, nada más) Traducción propia

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