LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): INTENTOS DE EVASIÓN

Posted on 8 febrero, 2013

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MAQUISC’était quelques heures après le départ. On commençait à peine à réaliser que ce n’était pas une mauvaise blague, qu’il faudrait vraiment rester des jours et des nuits comme ça, serrés, écrasés, étouffés. Des vieux commençaient déjà à s’affoler à haute voix. Ils ne tiendraient jamais le coup, ils allaient mourir. Ils avaient raison d’ailleurs, certains allaient bel et bien mourir. Et puis il y a des voix qui ont demandé le silence. Un jeune type –on supposait qu’il faisait partie d’un groupe- a dit que les copains et lui, ils avaient réussi à camoufler des outils. Ils allaient scier le plancher du wagon, dès que la nuit tomberait. Ceux qui voudraient tenter l’évasion avec eux n’auraient qu’à se rapprocher du trou et se laisser tomber bien à plat sur la voie, quand le train roulerait doucement.

(…)

Mais cette phrase-là a soulevé un concert de protestations. La discussion a duré une éternité. Tout le monde s’y est mis. Les Allemands allaient découvrir la tentative d’évasion et prendre des représailles. Et puis, même si l’évasion réussissait, tout le monde ne pourrait pas partir ; ceux qui resteraient seraient fusillés. Il y a eu des voix tremblantes qui ont supplié, pour l’amour du ciel, qu’on ne tente pas une folie pareille. Il y a eu des voix tremblantes qui nous ont parlé de leurs enfants, leurs beaux enfants qui allaient devenir orphelins. Mais on a fait taire ces voix-là. C’est dans cette discussion que le gars de Semur a cogné le type. Il n’y allait pas par quatre chemins, celui-là. Il a dit carrément que si on commençait à scier le plancher du wagon, il appellerait les sentinelles allemandes, au prochain arrêt du train. Nous avons regardé le type, qui se trouvait juste derrière nous. Il avait une tête à ça, pas de doute. Alors le gars de Semur lui a cogné  dessus. Il y a eu des remous, nous avons basculé les uns sur les autres. Le type s’est effondré, le visage en sang. Quand il s’est mis debout, il nous a vus autour de lui, une demi-douzaine de visages hostiles.

« T’as compris », lui a dit un homme aux cheveux déjà gris, « t’as compris, mon salaud ? Un geste suspect, un seul, et je jure que je t’étrangle ».

Le type a compris. Il a compris qu’il n’aurait jamais le temps d’appeler une sentinelle allemande, qu’il serait mort avant. Il a essuyé le sang sur son visage et son visage était celui de la haine.

(…)

Trois jours ont passé, depuis cette discussion, trois jours et trois nuits. L’évasion a raté. Des gars d’un autre wagon nous ont devancés, au cours de la première nuit. Le train s’est arrêté dans un grincement. On a entendu des rafales de mitrailleuse et des projecteurs ont balayé le paysage. Puis les SS sont venus fouiller, wagon par wagon. Ils nous ont fait descendre à coups de matraque, ils ont fouillé les types un à un et ils nous ont fait enlever nous chaussures. On a été obligés de jeter les outils, avant qu’ils n’arrivent à notre wagon.

(JORGE SEMPRUN: Le grand voyage, Gallimard, pag. 31  A 33)

(Fue algunas horas después de la salida. Apenas comenzábamos a darnos cuenta de que no era una broma pesada, que realmente sería necesario pasar días y noches así, apretados, aplastados, ahogados. Unos  ancianos comenzaban ya a gritar como locos. No lo soportarían, iban a morir. Además tenían razón, algunos iban ciertamente a morir. Luego algunas voces pidieron silencio. Un joven –se suponía que formaba parte de un grupo- dijo que sus amigos y él habían conseguido esconder unas herramientas. En cuanto anocheciera, iban a serrar el suelo del vagón. Los que quisieran intentar la fuga con ellos no tenían más que acercarse al agujero y dejarse caer horizontalmente sobre la vía, cuando el tren circulara despacio.

Pero esta frase levantó una ola de protestas. La discusión duró una eternidad. Todo el mundo tomó parte. Los alemanes iban a descubrir la tentativa de evasión y tomarían represalias. Y luego, aunque triunfara la evasión, todos no podrían partir; los que se quedaran serían fusilados. Hubo voces temblorosas que suplicaron, por el amor del cielo, para que no se intentara una locura semejante. Hubo voces temblorosas que nos hablaron de sus hijos, sus hermosos hijos que serían huérfanos. Pero se les hizo callar. Fue en esa discusión cuando el muchacho de Semur golpeó al tipo. No se andaba con rodeos. Dijo directamente que si se comenzaba a serrar el suelo del vagón, llamaría a los centinelas alemanes, en la próxima parada del tren. Miramos al tipo, que estaba justo detrás de nosotros. Sin duda, era capaz de eso. Entonces, el muchacho de Semur le golpeó. Hubo revuelo, nos empujamos los unos sobre los otros. El tipo se desplomó, el rostro ensangrentado. Cuando se puso de pie, nos vio a su
alrededor, media docena de rostros hostiles.

« ¿Has comprendido ? –le dijo un hombre con el cabello ya gris-, ¿Has comprendido, cabrón? Un gesto sospechoso, uno solo, y te juro que te estrangulo”.

El tipo comprendió. Comprendió que no tendría jamás el tiempo para llamar a un centinela alemán, que estaría muerto antes. Secó la sangre de su cara y su cara era de odio.

(…)

Tres días han pasado, desde esta discusión, tres días y tres noches. La evasión fracasó. Unos muchachos de otro vagón se nos adelantaron, durante la primera noche. El tren se detuvo con un chirrido. Se escucharon ráfagas de metralleta y los proyectores barrieron el paisaje. Después los SS vinieron a registrar, vagón por vagón. Nos hicieron descender a golpe de porra, registraron a los tipos uno a uno y nos hicieron quitar los zapatos. Tuvimos que tirar las herramientas, antes de que llegaran a nuestro vagón.)

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