LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): IRSE EN HUMO

Posted on 9 febrero, 2013

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PRISIONEROS BUCHENWALDLes haut-parleurs diffusaient les communiqués signalant les mouvements des escadres aériennes, au-dessus de l’Allemagne. Quand c’était le soir et que les bombardiers arrivaient à une certaine proximité, les lumières du camp s’éteignaient. La marge de sécurité n’était pas grande, il fallait que les usines tournent, que les arrêts fussent le plus brefs possible. Mais à un certain moment, les lumières s’éteignaient quand même. Nous restions dans le noir, à entendre le noir bourdonner d’avions plus ou moins lointains.  Mais il arrivait que le crématoire soit surcharge de travail. Le rythme des morts est une chose difficile à synchroniser avec la capacité d’un crématoire, pour bien équipé qu’il soit. Dans ces cas-là, le crématoire fonctionnant à plein rendement, de hautes flammes orangées dépassaient largement de la cheminée du crématoire, dans un tourbillon de fumée dense. S’en aller en fumée, c’est une expression des camps. Fais gaffe au Scharführer, c’est une brute, si tu as une histoire avec lui, tu es bon pour t’en aller en fumée. Tel copain, au « revier » en était à son dernier souffle, il allait s’en aller en fumée. Les flammes dépassaient donc la cheminée carrée du crématoire. Alors on entendait la voix du SS de service, dans les haut-parleurs : « Krematorium, ausmachen », disait-il plusieurs foix. Crématoires éteignez, crématoire éteignez. Ça les embêtait sûrement d’avoir à éteindre les feux du crématoire, ça diminuait le rendement. Le SS n’était pas content, il aboyait : « Krematorium, ausmachen » d’une voix morne et hargneuse. Nous étions assis dans le noir et nous entendions le haut-parleur : Krematorium, ausmachen « Tiens », disait un gars, « les flammes doivent dépasser ». Et puis nous continuions à attendre dans le noir.

(JORGE SEMPRUN: Le grand voyage, Gallimard, pag. 41-42)

(Los altavoces difundían los comunicados señalando los movimientos de los escuadrones aéreos, por encima de Alemania. Por la tarde, cuando se acercaban los bombarderos, las luces del campo se apagaban. El margen de seguridad no era grande, hacia falta que las fábricas funcionaran, que los  paros fuesen lo más breve posible. Pero en cierto momento, las luces se apagaban. Nos quedábamos a oscuras, escuchando el negro zumbar de de los aviones más o menos lejanos. Pero podía ocurrir que el crematorio estuviera sobrecargado de trabajo. El ritmo de los muertos es algo difícil de sincronizar con la capacidad de un crematorio, por muy bien equipado que esté. En ese caso, el crematorio funcionando a pleno rendimiento, altas llamas anaranjadas sobrepasaban ampliamente la chimenea del crematorio, en un remolino de humo denso. Irse en humo, es una expresión de los campos. Ten cuidado con el Scharführer, es un bruto, si tienes relación con él, te vas a ir en humo. Tal compañero, en el “revier” (enfermería) estaba en las últimas, va a largarse en humo. Las  llamas sobrepasaban la chimenea cuadrada del crematorio. Entonces se escuchaba la voz del SS de servicio, en los altavoces: “Krematorium, ausmachen”, decía varías veces. Apagad los crematorios, apagad los crematorios. Seguramente les  jodía tener que apagar el fuego del crematorio, disminuía el rendimiento. El SS no estaba contento, ladraba: “Krematorium ausmachen”, con una voz taciturna y agresiva. Estábamos sentados en la oscuridad y escuchábamos al altavoz: Krematorium, ausmachen. “Mira”, decía un muchacho, “las llamas deben sobrepasar”. Después seguíamos esperando en la oscuridad.)

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