LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): TRANSPORTE DE JUDÍOS DESDE POLONIA A BUCHENWALD

Posted on 13 febrero, 2013

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BUCHENWALD CADÁVERES IIPlus tard, dans quelques mois, je saurai quelle sorte de voyages ils font faire aux Juifs. Je verrai arriver les trains, à la gare du camp, lors de la grande offensive soviétique d’hiver, en Pologne. Ils évacuaient les Juifs des camps de Pologne, ceux qu’ils n’avaient pas eu le loisir d’exterminer, ou bien peut-être pensaient-ils pouvoir encore les faire travailler un peu. Ça a été un rude hiver, cet hiver de l’année prochaine. J’ai vu arriver les trains des Juifs, les transports des Juifs évacués des camps de Pologne. Ils étaient près de deux cents dans chaque wagon cadenassé, près de quatre-vingts de plus que nous. Cette nuit-là, à côté du gars de Semur je n’ai pas essayé d’imaginer ce que cela pouvait représenter, d’être deux cents dans un wagon comme le nôtre. Après, oui, quand on a vu arriver les trains des Juifs de Pologne, j’ai essayé d’imaginer. Et ça a été un rude hiver, cet hiver de l’année suivante. Les Juifs de Pologne ont voyagé six jours, huit jours, dix jours parfois, dans le froide de ce rude hiver. Sans manger, bien entendu, sans boire. A l’arrivée, quand on tirait les portes coulissantes, personne ne bougeait. Il fallait écarter la masse gelée des cadavres, des Juifs de Pologne morts debout, gelés debout, ils tombaient comme de quilles sur le quai de la gare du camp, pour trouver quelques survivants. Car il y avait des survivants. Une lente cohorte trébuchante se mettait en marche vers l’entrée du camp. Certains tombaient, pour ne plus se relever, d’autres se relevaient, d’autres se traînent, littéralement, vers l’entrée du camp. Un jour, dans la masse agglutinée des cadavres d’un wagon, nous avons trouvé trois gosses juifs. L’aîné avait cinq ans. Les copains allemands du « Lagerschutz » les ont escamotés sous le nez des SS. Ils ont vécu au camp, ils s’en sont sortis, les trois orphelins juifs que nous avions trouvés dans la masse congelée des cadavres. C’est ainsi, ce rude hiver de l’année prochaine, que je saurai comment ils font voyager les Juifs.

(JORGE SEMPRUN: Le grand voyage, Gallimard, pag. 115-117)

(Más tarde, unos meses después, sabré que tipo de viajes les hacen hacer a los judíos. Veré llegar los trenes, a la estación del campo, durante la gran ofensiva soviética de invierno, en Polonia. Evacuaban a los judíos de los campos de Polonia, a los que no habían tenido el tiempo de exterminar, o quizás pensaban que podían todavía hacerlos trabajar un poco. Fue un duro invierno, el invierno del próximo año. Vi llegar los trenes de judíos, los transportes de judíos evacuados de los campos de Polonia. Eran casi doscientos en cada vagón cerrado con candado, cerca de ochenta más que nosotros. Esa noche, al lado del muchacho de Semur no intenté imaginar lo que podía representar, ser doscientos en un vagón como el nuestro. Después, si, cuando se ha visto llegar los trenes de judíos de Polonia, intento imaginar. Y fue un duro invierno, ese invierno del año siguiente. Los judíos de Polonia viajaron seis días, ocho días, diez días a veces, bajo el frío de ese duro invierno. Sin comer, por supuesto, sin beber. A la llegada, cuando se abrían las puertas correderas, nadie se movía. Había que quitar la masa congelada de cadáveres, de los judíos de Polonia muertos de pie, congelados de pie, caían como bolos sobre el andén de la estación del campo, para encontrar a algunos supervivientes. Porque había supervivientes. Una lenta cohorte vacilante se ponía en marcha hacia la entrada del campo. Algunos caían, para ya no levantarse, otros se levantaban, otros se arrastraban, literalmente, hacia la entrada del campo. Un día, en la masa aglutinada de los cadáveres de un vagón, encontramos a tres críos judíos. El más mayor tenía cinco años. Los amigos alemanes del “Lagerschutz” los escamotearon bajo las narices de las SS. Vivieron en el campo, salieron de allí, los tres huérfanos judíos que habíamos encontrado en la masa congelada de los cadáveres. Es así, este duro invierno del año próximo, que sabré como hacen viajar a los judíos)

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