LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): CIVILES INOCENTES DE WEIMAR

Posted on 14 febrero, 2013

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CIVILES EN BUCHENWALDNous avions la perspective du camp devant nos yeux, maintenant, nous voyions le camp comme les paysans ont dû le voir, des années durant. Car ils ont vu le camp, bon dieu, ils l’ont vraiment vu, ils ont forcément vu ce qui s’y passait, même s’ils ne voulaient pas le savoir. Dans trois ou quatre jours, les Américains vont faire venir jusqu’au camp des groupes entiers d’habitants de Weimar. Ils vont leur montrer les baraques du camp de quarantaine où les invalides continuaient de mourir dans la puanteur. Ils vont leur montrer le crématoire, le block où les médecins SS faisaient des expériences sur les détenus, ils vont leur montrer les abat-jour en peau humaine de Mme Ilse Koch, les ravissants abat-jour parcheminés où se dessinent les lignes bleues des tatouages sur la peau humaine. Alors, les femmes de Weimar, avec leurs toilettes de printemps, et les hommes de Weimar, avec leurs lunettes de professeurs et d’épiciers, vont se mettre à pleurer, à crier qu’ils ne savaient pas, qu’ils ne sont pas responsables. Je dois dire, le spectacle m’a soulevé le cœur, je suis parti me réfugier dans un coin solitaire, je me suis enfui pour enfoncer mon visage dans l’herbe du printemps, parmi les rumeurs du printemps dans les arbres.
(JORGE SEMPRUN: Le grand voyage, Gallimard, pag. 165-166)

ILSE KOCH(Teníamos delante de nuestros ojos la perspectiva del campo, ahora, veíamos el campo como los campesinos debieron verlo, durante años. Porque vieron el campo, por dios, lo vieron realmente, a la fuerza debieron ver lo que allí pasaba, aunque no quisieran verlo. En tres o cuatro días, los americanos van a hacer venir al campo a grupos enteros de habitantes de Weimar. Van a mostrarles los barracones del campo de cuarentena donde los inválidos seguían muriendo en la hediondez. Les van a mostrar el crematorio, el block donde los médicos SS hacían experimentos en los detenidos, van a mostrarles las pantallas de piel humana de la señora Ilse Koch, las preciosas pantallas apergaminadas donde se dibujan las líneas azules de los tatuajes sobre la piel humana. Entonces, las mujeres de Weimar, con sus ropas de primavera, y los hombres de Weimar , con sus gafas de profesores y tenderos, van a ponerse a llorar, a gritas que no sabían, que no son responsables. Debo decir, el espectáculo me sublevó, me refugié en una esquina solitaria, me escapé para hundir mi rostro en la hierba de la primavera, entre los rumores de la primavera en los árboles)

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