LE GRAND VOYAGE (EL LARGO VIAJE): ESTRATEGIAS DE SUPERVIVIENCIA EN EL TRANSPORTE

Posted on 22 febrero, 2013

0



LODZ DEPORTATION TRAIN« Il faut ranimer les gars qui s’évanouissent, les remettre debout », dit le type qui a pris la situation en main.
« Ce serait pas mal », je fais, pas convaincu.
« Il y aura des morts, sinon, des gars piétinés, d’autres qui vont étouffer », dit le type.
« Je n’en doute pas », je lui réponds, « mais des morts, il va y en avoir de toute façon».
Le gars de Semur écoute, il hoche la tête, i a toujours la bouche grande ouverte.
« Il faut me trouver des récipients », dit le type, d’une voix autoritaire, « des boîtes de conserve vides, quelque chose ».
Je regarde autour de moi, machinalement, je cherche du regard des récipients, des boîtes de conserve vides, quelque chose, comme il dit, ce type.
« Pourquoi faire ? » je demande.
Je ne vois pas du tout ce qu’il veut faire avec des récipients, des boîtes de conserve vides, quelque chose, comme il dit.
Mais la voix autoritaire commence à faire son effet. On appelle le type, de-ci, de-là, des mains lui tendent, dans la pénombre hurlante et moite du wagon, un certain nombre de boîtes de conserve vides.
Je regarde le type, ce qu’il va bien faire, comme on regarde au cirque quelqu’un qui commence à préparer son numéro et que l’on ne sait pas encore s’il va jongler avec ces assiettes et ces boules, ou les faire disparaître, ou les transformer en lapins vivants, en blanches colombes, en femmes à barbe, en belles jeunes femmes douces et absentes, l’air absent, vêtues d’un maillot rose piqueté de strass brillant. Je le regarde, comme au cirque, je n’arrive pas encore à m’intéresser à ce qu’il fait, je me demande simplement s’il va réussir son numéro.
Le type choisit les plus grandes boîtes de conserve, il lasisse tomber les autres.
« Maintenant », dit-il, « il faut pisser dans ces boîtes, les gars, tous ceux qui peuvent, il faut me remplir ces boîtes ».
Le gars de Semur, sa mâchoire inférieure s’en décroche, d’étonnement, il hoche la tête de plus belle. Mais je crois deviner ce qu’il veut faire, ce type, je crois avoir compris quel est son numéro.
« On n’a pas d’eau, les gars », dit-il, « alors on va tremper des mouchoirs dans l’urine, on va sortir les mouchoirs trempés dans l’air de la nuit, ça fera des compresses froides, pour ranimer ceux qui s’évanouissent ».
(…)
« Fermez la bouche, fermez les yeux », dit le type « quand vous aurez les mouchoirs sur la figure ».
La panique cesse, peu à peu. Il y a toujours des gens qui s’effondrent, mais ils sont aussitôt pris en main, poussés vers les ouvertures, vers les porteurs de boîtes de conserve remplies d’urine. On les ranime, avec de grandes claques, parfois, des mouchoirs mouillés et glacés sur les visages inertes.
« Elle est vide, ma boîte », dit quelqu’un, « faudrait voir à me le remplir ».
« Passe-là par là », dit un autre, « j’en ai à te donner ».
Des rires, même, recommencent à fuser. Des plaisanteries de corps de garde.
Certains, bien entendu, il n’y a rien eu à faire, pour les ranimer. Ils étaient bel et bien morts. Tout à fait morts. Nous les avons rassemblés, près du premier cadavre de ce voyage, celui du petit vieux qui a dit : « Vous vous rendez compte ? » et qui est mort, tout de suite après. Nous les avons rassemblés, pour qu’ils ne soient pas piétinés, mais ça n’a pas été un mince affaire, dans la cohue moite du wagon. Le plus simple, c’était encore de maintenir les cadavres en position horizontale, de les faire avancer ainsi, de main en main, jusqu’à l’endroit où nous avions décidé de tous les rassembler. Soutenus par des bras invisibles, les cadavres aux yeux fixes, ouverts sur un monde éteint, avaient l’air d’avancer par eux-mêmes. La mort était en marche dans le wagon, silencieusement, une force irrésistible avait l’air de pousser ces cadavres vers leur ultime action.
(JORGE SEMPRUN: Le grand voyage, Gallimard, pag. 245-247)

(“Hay que reanimar a los muchachos que se desmayan, volver a ponerlos de pie”, dice el tipo que ha tomado el control.

“No estaría mal”, digo poco convencido.

“Sino, habrá muertos, muchachos pisoteados, otros se ahogaran”, dice el tipo.

“No lo dudo”,  le respondo, “pero muertos habrá de todas maneras”

El muchacho de Semur escucha, asiente con la cabeza, tiene todavía la boca abierta.

“Me hace falta encontrar recipientes”, dice el tipo con una voz autoritaria, “botes de conserva vacíos, cualquier cosa”.

Miro a mi alrededor, maquinalmente, busco con la mirada recipientes, botes de conserva vacíos, cualquier cosa, como dice el tipo. 

“¿Para qué?”, pregunto.

No comprendo para nada lo que quiere hacer con los recipientes, botes de conserva vacíos, cualquier cosa, como él dice.

Pero la voz autoritaria comienza a tener efecto. Se llama al tipo, de aquí, de allá, varias manos le tienden en la penumbra aulladora y mojada del vagón, algunos botes de conserva vacíos.

Miro al tipo, lo que va a hacer, como se mira en el circo a alguien que va a preparar su número y que no se sabe todavía si va a hacer malabarismos con sus platos y bolos, o va a hacerlos desaparecer, o a transformarlos en conejos vivos, en palomas blancas, en mujeres barbudas, en bellas jóvenes dulces y ausentes, de aspecto ausente, vestidas de un maillot rosa salpicado de estrás brillante. Le miro, como a un circo, no llega a interesarme lo que hace, me pregunto simplemente si su número triunfará.

El tipo elige los botes de conserva más grandes, deja caer los otros.

“Ahora”, dice, “hay que hacer pis en estos botes, todos los que puedan, hay que llenar estos botes”.

El muchacho de Semur, su mandíbula inferior descolgada, de asombro, asintió con la cabeza. Pero creo adivinar lo que quiere hacer este tipo, creo haber comprendido cuál es su número.

“No hay agua, muchachos”, dice, “por lo que vamos a mojar pañuelos en la orina, vamos a sacar los pañuelos mojados al aire de la noche, servirá como compresas frías, para reanimar a los que se desmayen”

“Cerrad la boca, cerrad los ojos”, dice el tipo “cuando tengáis los pañuelos en la cara”.

El pánico cesa, poco a poco. Aún hay gente que se hunde, pero se les coge inmediatamente, empujados hacia las aberturas, hacia los portadores de botes de conserva rellenos de orina. Se les reanima, con grandes bofetadas, a veces, pañuelos húmedos y helados sobre el rostro inerte.

“Mi bote está vacío”, dice alguien, “habría que rellenármelo”.

“Pásalo aquí”, dice otro, “voy a darte!”.

Las risas incluso vuelven a estallar. Bromas de cuerpo de guardia.

Algunos, por supuesto, no hay manera de reanimarlos. Estaban muertos y bien muertos. Completamente muertos. Los pusimos juntos, cerca del primer cadáver de este viaje, el del viejecito que dijo: “¿Os dais cuenta?” y que murió inmediatamente. Los juntamos, para que fueran pisoteados, pero no fue un asunto fácil, en el jaleo húmedo del vagón. Lo más simple, era mantener los cadáveres en posición horizontal, hacerlos avanzar así, de mano en mano, hasta el lugar donde habíamos decidido juntarlos todos. Sostenidos por brazos invisibles, los cadáveres con los ojos fijos, abiertos sobre un mundo apagado, parecía que avanzaban por sí mismos. La muerte se movía en el vagón, silenciosamente, una fuerza irresistible parecía que empujaba esos cadáveres hacia su última acción.)

Anuncios
Etiquetado: ,