L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: LOS PRIMOGÉNITOS DE LA MUERTE

Posted on 15 abril, 2014

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Enfermería de Mauthaussen, 1941. Fuente: elpais.comDepuis quinze jours, les listes sont closes, mais rien encore n’a été fait. Brusquement, à six heures du soir, l’ordre est venu. Trois mille hommes doivent passer la visite médicale et revêtir la tenue bleue rayée des transports. Les groupes se figent dans une attente interminable. La neige devient noire au-delà des enceintes, et les phares s’allument de distance en distance, feux tournants d’une plage lointaine. Les hommes entrent dans la pièce chaude, buste nu. Le SS est affalé dans un fauteuil. Ses bottes reluisent. Adossé confortablement, les jambes posées très haut sur une table, le SS fume un cigare. Près de lui, deux scribes Häftling courbés sur leurs feuilles, humbles et respectueux comme des figures de l’antique Égypte. Un infirmier présente un à un les concentrationnaires. Il a le geste sec, jauge d’un coup d’œil la soumission nécessaire de l’homme qui s’avance. Et, vite, pose les questions d’usage. Toujours vite, il ouvre le pantalon et fait jouer les muscles du bas-ventre. Rapide et obséquieux, attentif au maître. Le SS lève une paupière lourde, pose, bref, un regard impassible sur le détenu, lâche une volute de fumée et, de la main, commence le geste : « Au suivant. »

Dehors, des masses obscures piétinent. Très tard, on entendra encore le rythme mat des tapes sur les cuisses et sur le dos, la lutte stérile contre le froid. Et, après, encore de longs jours vides avant le départ.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 29-30)

[Desde hace quince días, las listas están cerradas, pero nada se ha hecho todavía. De repente, a las seis de la tarde, llega la orden. Tres mil hombres deben pasar la visita médica y vestir el traje azul rayado de los transportes. Los grupos se hielan en una espera interminable. La nieve se vuelve negra más allá de los muros, y los faros se iluminan en la distancia, luces giratorias de una playa lejana. Los hombres entran en la sala calida, el busto desnudo. El SS está hundido en el sillón. Sus botas relucen. Apoyado confortablemente, las piernas puestas muy alto sobre una mesa, el SS fuma un cigarro. Cerca de él, dos escribas Häfling curvados sobre sus hojas, humildes y respetuosos como figuras del Antiguo Egipto. Un enfermero presenta uno a uno a los concentracionarios. Tiene el gesto seco, juzga de un vistazo la sumisión necesaria del hombre que avanza. Y rápidamente hace las preguntas habituales. Siempre rápido, abre el pantalón y mueve los músculos del bajo vientre. Rápido y obsequioso, atento al amo. El SS levanta un párpado pesado, brevemente mira impasible al detenido, suelta una voluta de humo y, con la mano, comienza el gesto: “El siguiente”.

Fuera, masas oscuras patalean. Muy tarde, se escuchará todavía el ritmo sordo de los golpes en los muslos y en la espalda, la lucha estéril contra el frío. Y después, todavía largos días vacíos antes de la partida.]

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