L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: DIOS DIJO QUE HABRÍA TARDE Y MAÑANA

Posted on 16 abril, 2014

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Prisioneros recien liberados en Buchenwald, abril de 1945. Fuente: USHMMLorsque les Américains approcheront, ce sera la fuite obligatoire, insensée, vers nulle part. Des wagons de cent cinquante, cent soixante hommes, une faim hideuse au ventre, la terreur dans les muscles. Et, la nuit, les Häftlinge s’entretueront pour dix grammes de pain, pour un peu de place. Le matin, les cadavres couverts d’ecchymoses, dans les fossés. À Woebbelin, il faudra monter la garde des morts avec des gourdins et tuer ceux qui mangent cette chair misérable et fétide des cadavres. Des squelettes étonnants, les yeux vides, marchent en aveugles sur des ordures puantes. Ils s’épaulent à une poutre, la tête tombante, et restent immobiles, muets, une heure, deux heures. Un peu plus tard, le corps s’est affaissé. Le cadavre vivant est devenu un cadavre mort.

Dans la nuit, les hommes se massent sur cinq. La neige est partout. Les phares de la porte principale beuglent dans la tempête comme des cornes barbares et puissantes. Quarante-cinq mille détenus montent vers la Grand-Place. Tous les soirs, immanquablement. Les vivants, les malades et les morts. Les injures rongent les lèvres et se taisent devant les dieux de la porte principale. L’orchestre ironique et bouffon scande la marche lente d’un peuple hagard. C’est un univers à part, totalement clos, étrange royaume d’une fatalité singulière. La profondeur des camps.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 34-36)

 

[En cuanto se aproximen los americanos se producirá una huida obligatoria, sin sentido, hacia ninguna parte. Vagones de ciento cincuenta, ciento sesenta hombres, un hambre repugnante en el vientre, el terror en los músculos. Y, por la noche, los Häftlinge se matarán entre sí por diez gramos de pan, por un poco de espacio. Por la mañana, los cadáveres cubiertos de equimosis, en las cunetas. En Woebbelin, hará falta montar guardia ante los muertos con porras y matar a los que coman esta carne miserable y fétida de los cadáveres. Espantosos esqueletos, los ojos vacíos, marchan a ciegas sobre basuras apestosas. Se apoyan en una viga, la cabeza caída, y permanecen inmóviles, mudos, una hora, dos horas. Un poco más tarde, el cuerpo se ha hundido. El cadáver viviente se ha convertido en un cadáver muerto.

Por la noche, los hombres se juntan de cinco en cinco. La nieve está por todas partes. Los faros de la puerta principal berrean en la tempestad como cuernos bárbaros y poderosos.

Cuarenta y cinco mil detenidos suben hacia la Gran Plaza. Todas las tardes, indefectiblemente. Los vivos, los enfermos y los muertos. Las injurias roen los labios y se callan ante los dioses de la puerta principal. La orquesta irónica y bufona acompaña la marcha lenta de un pueblo azorado. Es un universo aparte, totalmente cerrado, extraño reino de una fatalidad singular. La profundidad de los campos.]