L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: HAY DISTINTAS HABITACIONES EN LA CASA DEL SEÑOR

Posted on 17 abril, 2014

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Trabajadores forzados en el campo de Neuengamme. Fuente: USHMMLes Camps ne sont pas tous identiques ou équivalents. L’univers concentrationnaire s’organise sur des plans différents. Buchenwald est une cité chaotique, une sorte de capitale pas entièrement construite, tenant du campement par ses quartiers hâtivement et sommairement plantés et son grouillement de vie. Elle est grande ville par son prolétariat (la Gustloff, le Mittelbau, la D.A.W., la carrière, les jardins, le bûcheronnage), mais aussi sa masse de fonctionnaires, ses rentiers et sa pègre. Les rentiers : au début de 1944, Buchenwald comptait deux Blocks dits des Invalides, gens officiellement reconnus comme non-travailleurs, en raison de l’âge ou d’incapacités physiques notoires. Sa pègre (entendu comme tout ce qui se refuse aux lois de la cité, tout ce qui se met en dehors des coutumes établies) : ceux qui, d’une façon ou d’une autre, et le plus souvent illégalement, échappaient au travail, au contrôle policier. Le nombre en était relativement grand. La plupart obtenaient (en cultivant une haute température, en entretenant des blessures bien placées, ou par des combines) des papiers du Revier les exemptant de travail et parfois aussi de corvées pour deux jours, une semaine, une quinzaine au plus, mais renouvelables. Et, enfin, une phalange d’aventuriers, sans aucune justification, et que la police pourchassait avec obstination, qui risquaient le fouet, le cachot ou la Strafkommpanie. Tout ce peuple hantait les baraques au cours de la journée, se cachait sous les lits du dernier étage, rôdait autour des rapines possibles, se rassemblait au Block des latrines, qui était tout à la fois une Bourse de valeurs et de marchandises (pain, tabac, souliers de cuir, vêtements, couteaux, gants, marks) et un coupe-gorge.

Neuengamme, au contraire, est strictement un centre industriel. De six heures du matin à six heures du soir, rigoureusement personne dans les Blocks, sauf quelques Kommandos à l’entr’acte de midi. La bureaucratie intérieure s’employant dans l’organisation « municipale » du camp réduite au minimum : un chef de Block et deux Stubendienst par bâtiment. Les malades doivent être au Revier ; qui n’est pas accepté doit travailler, y compris les aveugles et les sourdes-muets. Les blessés, les faibles, les vieux, tous ceux qui, à Buchenwald, restent dans les baraques, sont catalogués à Neuengamme « travail léger », et envoyés fabriquer des cordes, ou dans un des services du camp (cuisine, pluches, désinfection, magasin, cordonnerie). Cette application de tous au travail s’inscrit dans l’architecture du camp. Une structure rigoureuse, des lignes simples et nues. L’étagement des Blocks sur l’aile gauche de la place centrale bétonnée dans un alignement sévère, le Revier, les douches, la cordonnerie, le magasin sur l’aile droite ; au fond, les cuisines et la nouvelle bâtisse qui devait, en principe, loger les ouvriers de la Metallwerk et du Messap. Au-delà, et rayonnant autour du camp, du chenal et du port, les chantiers en pleine extension avec la Klinker, les usines et l’industrie, les péniches chargées de briques, de ciment, de pierres de démolition venant de Hambourg, les rails que s’entrecroisent avec leurs charroiements de wagonnets poussés par les hommes ou traînés par la machine ; ici, les fondations d’une nouvelle fabrique ; là, entre des monticules de sable et de briques, de larges tranchées à demi remplies d’eau où les détenus pataugent et posent des canalisations ; plus loin, la gare et les jardins, et, au-delà, les chiens et les gardes, des champs de des fermes, une immensité plate. Les rythme du travail est rapide, cadencé par les SS, toujours présents, toujours en inspection. Neuengamme, précis et provincial, est la cité des Robots.

Cependant, Buchenwald, Neuengamme, Sachsenhausen, Dachau, participent au même plan, constituent les types des camps « normaux » qui forment l’armature essentielle de l’univers concentrationnaire.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 50-54)

[No todos los campos son iguales o equivalentes. El universo concentracionario se organiza en distintos planos. Buchenwald es una ciudad caótica, una especie de capital sin acabar de construir, que se parece a un campamento por sus barrios plantados precipitadamente y someramente y por el bullicio de vida. Es una gran ciudad por su proletariado (la Gustloff, el Mittelbau, la D.A.W, la cantera, los jardines, el trabajo con la leña), pero también su masa de funcionarios, sus rentistas y sus bajos fondos. Los rentistas: al comienzo de 1944, Buchenwald contaba con dos Blocks llamados de Inválidos, personas oficialmente reconocidas como no trabajadores, a causa de la edad o de incapacidades físicas notorias. Sus bajos fondos (entendido como todo aquel que rechaza las leyes de la ciudad, todo aquel que se sitúa fuera de las costumbres establecidas): los que, de una forma u otra, y habitualmente de forma ilegal, escapan del trabajo y del control policial. Su número era relativamente grande. La mayor parte obtenían (manteniendo una temperatura elevada, cuidando sus heridas bien situadas o por otros trucos) papeles del Revier que les eximen del trabajo y a veces también de las tareas durante dos días, una semana, una quincena como mucho, pero renovables. Y, finalmente, una falange de aventureros, sin ninguna justificación y a la que la policía perseguía con obstinación, que se arriesgaban al látigo, al calabozo o a la Strafkompanie. Toda esa gente frecuentaba los barracones a lo largo del día, se escondía bajo las camas del último piso, merodeaba entorno a cualquier cosa para rapiñar, se reunía en el Block de las letrinas, que era a la vez una Bolsa de valores y de mercancías (pan, tabaco, zapatos de cuero, ropa, cuchillos, guantes, marcos) y un lugar peligroso.

Neuengamme, al contrario, es estrictamente un centro industrial. Desde las seis de la mañana a las seis de la tarde, rigurosamente nadie en los Blocks, salvo algunos Kommandos en el entreacto de mediodía. La burocracia interior empleada en la organización “municipal” está reducida al mínimo: un jefe de Block y dos Stubendienst por edificio. Los enfermos deben estar en el Revier; el que no es aceptado debe trabajar, incluidos los ciegos y los sordomudos. Los heridos, los débiles, los viejos, todos los que en Buchenwald permanecían en los barracones, en Neuengamme son catalogados como “trabajo ligero”, y enviados a fabricar cuerdas, o en uno de los servicios del campo (cocina, pelado, desinfección, tienda, zapatería). Esta aplicación de todos al trabajo se inscribe en la arquitectura del campo. Una estructura rigurosa, líneas simples y desnudas. Los Blocks escalonados en el ala izquierda de la plaza central construida en un alineamiento severo, el Revier, las duchas, la zapatería, la tienda en el ala derecha; al fondo, las cocinas y el nuevo edificio que debía, en principio, alojar a los obreros de la Metallwerk y del Messap. Más allá, ordenados alrededor del campo, del canal y del puerto, las obras en plena extensión con la Klinker, las fábricas y la industria, las barcazas cargadas de ladrillos, de cemento, de piedras de demolición procedentes de Hamburgo, los raíles que se entrecruzan con su arrastre de vagonetas empujadas por los hombres o arrastradas por la máquina; aquí, los cimientos de una nueva fábrica; allá, entre montículos de arena y ladrillo, anchas trincheras a medio llenar de agua donde los detenidos chapotean y ponen canalizaciones; más lejos, la estación y los jardines, y, más allá, los perros y los guardias, campos y granjas, una inmensidad llana. El ritmo de trabajo es rápido, acompasado por los SS siempre presentes, siempre en inspección. Neuengamme, preciso y provincial, es la ciudad de los Robots.

Sin embargo, Buchenwald, Neuengamme, Sachsenhausen, Dachau, participan del mismo plan, constituyen los tipos de campos “normales” que forman el armazón esencial del universo concentracionario.]