L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: UNA MUCHEDUMBRE DE PRISIONEROS

Posted on 21 abril, 2014

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Une grande foule d’innocents, la conscience bourrelée d’une injustice notoire, qui étaient là pour des bagatelles : pour avoir sifflé les actualités au cinéma, s’être trouvés para guigne chez des gens alors que la Gestapo les arrêtait, avoir tenté de passer la frontière pour des questions d’affaires, pour des mobiles privés ; en raison de dénonciations anonymes et irresponsables ; pour avoir crut trop tôt au débarquement et avoir laissé inscrire leur nom sur une liste de la Résistence sans jamais avoir fait plus ; enfin, un bon nombre pour rien. Tous ceux-là tenaient mal. Ils manquaient de point d’appui. Ça se désarticulait dans le cerveau et ça, dans les camps, c’était la fin.

Les camps ont été faits pour les politiques allemands, précisément pour eux. Ce n’est qu’accessoirement que les camps se sont ouverts aux étrangers. Lorsque les Seigneurs engagèrent leurs blindés sur les routes de l’Europe, les camps étaient prêts à devenir la pierre angulaire du nouvel empire. Les politiques allemands avaient servi de cobayes pour l’élaboration : d’une science de la torture en pleine maîtrise de ses moyens. En conséquence, après dix ans, leur phalange était plutôt réduite. De centaines de mille, ils se dénombraient, en 1943, quelques dizaines de milliers. Les « droit commun » allemands, au contraire, en pleine vigueur, et la guerre avait encore multiplié les arrivages. Ils étaient pur les SS la lie de la société, une lie nauséabonde, des excréments, mais des excréments de la race des seigneurs et, à ce titre, ils étaient de droit, par hérédité, en quelque sorte, les maîtres de toutes les peuplades de l’Europe transmutées en concentrationnaires. Ils se révélèrent laquais zélés et imaginatifs. La faune est variée : des criminels les plus notoires aux suppôts du marché noir, aux restaurateurs contrevenants, en passant par les voleurs, les escrocs, les souteneurs. La prostitution fournissait de riches contingents et plus encore chez les femmes. En marge, on trouvait les non-sociaux, les inassimilables : romanichels, vagabonds de toutes couleurs, réfractaires au travail obligatoire ; le groupe des malades, des tarés : toutes les dépravations sexuelles et les pédérastes connus sous le numéro qu’ils portaient : 175. Enfin, proches des politiques, les objecteurs de conscience, les hommes de la Bible.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 66-68)

[Una gran masa de inocentes, la conciencia atormentada por una injusticia notoria, que se encontraban allí por tonterías: por haber silbado las noticias en el cine, encontrarse por mala suerte en casa de personas cuando la Gestapo iba a detenerlas, haber intentado pasar la frontera por asuntos de negocios, por móviles privados; a causa de denuncias anónimas e irresponsables, por haber creído demasiado pronto en el desembarco y haberse dejado inscribir su nombre en una lista de la Resistencia sin haber hecho nunca nada más; en fin, un buen número por nada. Todos esos lo llevaban mal. Les faltaba un punto de apoyo. Todo esto se rumiaba en el cerebro y esto, en los campos, era el fin.

Los campos se hicieron para los políticos alemanes, precisamente para ellos. No fue más que accesoriamente que los campos se abrieron a los extranjeros. Cuando los Señores metieron sus blindados en las carreteras de Europa, los campos estaban preparados para convertirse en la piedra angular del nuevo imperio. Los políticos alemanes habían servido de cobayas para la elaboración de una ciencia de la tortura con total maestría de sus medios. En consecuencia, después de diez años, su falange estaba más bien reducida. De centenares de miles, se contaban en 1943 algunas decenas de miles. Los “derecho común” alemanes, al contrario, en pleno vigor, y la guerra había multiplicado las llegadas. Eran para los SS la escoria de la sociedad, una escoria nauseabunda, excrementos, pero excrementos de la raza de los señores y, con este título, tenían derecho, por herencia, en algún modo, a ser los dueños de todos los poblados de Europa convertidos en concentracionarios. Se mostraban lacayos celosos e imaginativos. La fauna era variada: desde los criminales más notorios a los agentes del mercado negro, restauradores infractores, pasando por ladrones, estafadores, chulos. La prostitución suministraba ricos contingentes y más aún entre las mujeres. Al margen, se encontraba a los antisociales, los inasimilables: los zíngaros, vagabundos de todo tipo, refractarios al trabajo obligatorio; el grupo de los enfermos, de los retrasados: todas las depravaciones sexuales y los pederastas conocidos con el número que llevaban: 175. Al fin, cercanos a los políticos, los objetores de conciencia, los hombres de la Biblia.]