L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: LOS DIOSES NO HACEN SU MORADA EN LA TIERRA

Posted on 25 abril, 2014

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Guardia SS torturando a varios prisioneros en el campo de concentración de Buchenwald (Alemania) en 1941. Fuente: Yad VashemL’appareil SS est tout extérieur au camp. Les SS commandent les routes qui mènent à l’univers concentrationnaire. Dans la trouée des sapins se dressent le mirador et les mitrailleuses braquées. Le long des troncs, en marge du chemin, se tressent les barbelés. Comme des bornes, des têtes de mort sur deux tibias regardent. Un mouvement de manettes et le réseau invisible électrisé étend la zone déserte de sa présence. Les chiens bien nourris hurlent dans cette solitude. Une main levée sur un SS, une injure dite par des lèvres, l’homme est pendu. Le SS lève la main, un homme est fouetté, rampe, crie et supplie. Le visage du plus grand des bureaucrates devient gris lorsque les yeux du SS foncent de colère. Le SS parle, et des milliers d’hommes, méthodiquement, meurent des gaz. Achtung ! le SS passe, les corps s’immobilisent, le silence se fait. Scheiss-stück ! dit le SS, et il regarde des dizaines de milliers d’êtres alignés sur une place et qu’il peut tuer impunément. La paume de sa main est comme celle de Dieu. Et pourtant, le SS n’est rien qu’une toute-puissance pour la vermine. Un fléau du destin, mais le destin est la divinité souveraine des camps. Le destin de l’univers concentrationnaire est inconcevablement lointain. D’immenses espaces de lois et de bureaux, de couloirs sans suite, d’amoncellements de rapports, où tout un monde de fonctionnaires pâles et affaires vit et meurt, machines à écrire humaines, isolent le camp et n’en laissent connaître qu’une terreur puissante et confuse de lieux inhumains. Au centre de cet empire, à jamais invisible, le cerveau qui unifie et commande touts les polices du Reich et de l’Europe domine d’une volonté absolue tous les aspects possibles des camps, et qui se nomme Himmler et ses intimes. Des murailles de casiers, des gratte-ciel de dossiers, les affaires les plus infimes cataloguées dans les antichambres de Himmler. De ces bureaux, l’ordre vient de la vie ou de la mort des concentrationnaires, une signature. Non en fonction de leur comportement dans les camps ; de cela peuvent juger les Obersturmbannführer. Mais en raison d’une vie morte, abandonnée souvent depuis des mois ou des années et qui déjà semblait jugée. Pour des extensions inconnues de cette vie morte qui poursuit une existence lointaine et menaçante dans des bureaux inaccesibles. Le procès, ici, n’est jamais fini, jamais jugé. Le procès se nourrit et se développe de personnages enfantés par lui-même sans que jamais les raisons soient formulées. Un ordre vient. Une simple décision sans commentaires. L’ordre porte la marque du maître. Le commandant du camp ignore tout. L’Oberscharführer ignore tout. Le Blockführer ignore tout. Le Lagerältester ignore tout. Les exécuteurs ignorent tout. Mais l’ordre indique la mort et le genre de morte et la durée qu’il faut mettre à faire mourir. Et dans ce désert d’ignorance, c’est suffisant.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 103-106)

[El aparato SS es completamente exterior al campo. Los SS controlan las carreteras que conducen al universo concentracionario. En el claro entre los abetos se alza el mirador y las ametralladoras apuntando. A lo largo de los troncos, al margen del camino, se entrelaza la alambrada. Como hitos, las calaveras sobre dos tibias miran. Un movimiento de manecillas y la red invisible electrizada extiende la zona desierta de su presencia. Los perros bien alimentados aúllan en esta soledad. Una mano levantada sobre un SS, una injuria dicha por unos labios, y el hombre es colgado. El SS levanta la mano, un hombre es azotado, se arrastra, grita y suplica. El rostro del mayor de los burócratas se vuelve gris cuando los ojos del SS se oscurecen por la cólera. El SS habla, y miles de hombres, metódicamente, mueren en el gas. Achtung! el SS pasa, los cuerpos se inmovilizan, se hace el silencio. Scheiss-stück! dice el SS, y mira a decenas de miles de seres alineados en una plaza y que él puede matar impunemente. La palma de su mano es como la de Dios. Y sin embargo, el SS no es más que una omnipotencia para la chusma. Una plaga del destino, pero el destino es la divinidad suprema de los campos. El destino del universo concentracionario es inconcebiblemente lejano. Inmensos espacios de leyes y oficinas, pasillos sin sentido, montones de informes, donde todo un mundo de funcionarios pálidos y ocupados vive y muere, máquinas de escribir humanas, aíslan el campo y no dejan conocer más que un terror poderoso y confuso de lugares inhumanos. En el centro de este imperio, siempre invisible, el cerebro que unifica y manda todas las  policías del Reich y de Europa domina con una voluntad absoluta todos los aspectos posibles de los campos, y se llama Himmler y sus íntimos. Murallas de casilleros, rascacielos de dossieres, los asuntos más ínfimos catalogados en las antecámaras de Himmler. De estas oficinas, procede la orden de vida o muerte para los concentracionarios, una firma. No en función de su comportamiento en los campos; de esto pueden juzgar los Obersturmbannführer. Sino en base de una vida muerta, abandonada a menudo después de meses o años y que ya parecía juzgada.  Por extensiones desconocidas de esta vida muerta que sigue una existencia lejana y amenazante en oficinas inaccesibles. Aquí, el proceso nunca acaba, nunca se juzga. El proceso se nutre y se desarrolla con personajes que nacen por él mismo sin que jamás las razones sean formuladas. Una orden llega. Una simple decisión sin comentarios. La orden lleva la marca del señor. El comandante del campo no sabe nada. L’Oberscharführer no sabe nada. El Blockführer no sabe nada. El Lagerältester no sabe nada. Los ejecutores no saben nada. Pero la orden indica la muerte y el tipo de muerte y la duración que debe tener la ejecución. Y en este desierto de ignorancia, eso es suficiente.]

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