L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: LA TEORÍA DE LOS PODERES

Posted on 4 mayo, 2014

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La policía judía detiene a un antiguo Kapo identificado en las calles del campo de desplazados de Zeilsheim (Alemania), 1945. Fuente: USHMMPar nécessité de clarté, on peut considérer dans l’analyse de la structure bureaucratique trois secteurs distincts. D’abord, une sorte d’ « administration municipale», qui contrôle et organise chacune les énormes cités concentrationnaires. À sa tête, le Lagerältester, l’ancien du camp, et sous ses ordres, les Blockälteste, chefs de Block, complétés dans certains cas par des sous-chefs de Block. Le caractère « ancien du camp » ne doit être considéré que comme un titre. Le Lagerältester est un des plus puissants aristocrates. Par sa fonction, il contrôle les principales activités intérieures et se trouve ainsi au centre des intrigues et à même de connaître beaucoup. Légalement, il peut casser l’un quelconque des hauts bureaucrates sous ses ordres.

La seconde zone de la bureaucratie « municipale » comprend les chefs de chambrée, les Stubendienst, chargés de la propreté, de la discipline et de la distribution de la nourriture dans chaque chambrée, et enfin les Läufer, porteurs d’ordres (un « cycliste », un agent de liaison) et les Dolmetscher, interprètes.

(…)

Les services du ravitaillement se groupant dans la cuisine avec à leur tête le Küchekapo jouissent d’une autonomie et d’un pouvoir considérables. Ils comprennent le noyau des cuisiniers proprement dits, des boulangers, et els nombreux fonctionnaires chargés d’amener les vivres au camp, de tenir la comptabilité et de répartir la nourriture. La puissance de cette organisation tien, d’une part, à ce qu’elle contrôle les vivres, c’est-à-dire la richesse par excellence, et à ses contacts avec les civils. Même le plus petit fonctionnaire de la cuisine jouit d’une influence étendue. Le Küchekapo est donc un homme d’une très grande importance, disposant d’une influence souvent décisive, ayant autour de lui une clientèle nombreuse, recrutée parmi les hauts et moyens bureaucrates.

L’importance du Revier vient principalement des rôles multiples qu’il joue dans les intrigues intérieures et dans les rapports avec les SS ; secondairement, du fait que les médicaments peuvent être une précieuse monnaie d’échange avec les civils. Le Kapo du Revier, s’il ne détient pas des pouvoirs comparables à ceux du Lagerältester et du Küchekapo, n’en jouit pas moins d’une très haute considération. Il n’est pas le moins du monde indifférent aux diverses fractions qui divisent l’aristocratie de disposer d’intelligences au Revier. Ce qui explique que les postes responsables du Revier ne sont pas répartis selon les qualifications médicales, mais en raison des liens d’appartenance avec les groupes existants, et selon le rapport des forces. En dehors du Kapo du Revier, les postes importants consistent dans le contrôle des différents services, de l’entrée et des sorties. Les médecins authentiques, qui son généralement presque tous des étrangers dont une forte proportion de Français, ne jouissent d’aucune autorité. Ils n’ont ni à décider qui doit être admis, ni à fixer la date de sortie des malades. Ils peuvent suggérer, proposer, donner un avis. (…) Il arrive donc très souvent que les opérations soient faites et soins donnés par des gens parfaitement incompétents : d’anciens maçons, ou, comme il est arrivé à Neuengamme, par un gangster, vieux copain d’affaires d’Al Capone. (…)

Les rapports amicaux avec les fonctionnaires du Revier permettent aux bureaucrates et à leur clique des cures de repos. On invente des températures, on fabrique des diagnostics. La retraite au Revier peut avoir un grand intérêt lorsque les luttes intestines sont arrivées à une phase délicate, à un tournant dangereux. De même lorsque les rapports avec les SS, pour une raison ou pour une autre, deviennent tendus, avec le risque de perdre son poste ou de partir dans un mauvais transport. S’effacer pendant deux ou trois semaines, parfois plus, permet souvent aux affaires de s’apaiser d’elles-mêmes.

Les bureaux du Revier peuvent être également des entrepôts discrets du marché noir. Lorsque les luttes de fraction s’enveniment, le Revier peut permettre une liquidation rapide et discrète d’un adversaire. Enfin, parfois, grâce au Kapo du Revier, il est possible de modifier son identité en s’emparant de celle d’un mort.

Le Kapo du Krematorium peut être appelé à jouer son rôle dans ces intrigues et, en particulier, le dépouillement des cadavres (dents en or, bridges, tatouages), si les SS ne sont pas intervenus, lui donne une monnaie d’échange de grande valeur. Parfois on assiste à des combinaisons plus curieuses encore. Robert B. me conta l’histoire suivante. En novembre de 1944, Robert Darnan, le neveu résistant du trop célèbre milicien, travaillait à Neuengamme à la Klinker. Un jour, il trouva dans sa soupe une mâchoire humaine. Surpris malgré tout, il montra l’objet à Jacob. Jacob était un Allemand social-démocrate fort sympathique et qui parlait assez bien le français. Il trouva la découverte curieuse et fit un rapport à l’Obersturmbannführer. L’enquête révéla que le Küchekapo et le Kapo du Krematorium s’étaient entendus pour vendre la viande de la cuisine aux civils et nourrir de macchabées les concentrationnaires. L’opération profitait à tout le monde. La viande disparaissait au plus grand bénéfice des deux compères, et, comme de toute façon les concentrationnaires n’en auraient pas vu la couleur, c’était une charité rare que de leur donner du cadavre. Chair de mort est toujours de la viande. Les deux Kapos furent pendus sur la Grand-Place de Neuengamme. Je jurerais que beaucoup regrettèrent la découverte de Robert Darnan. L’affaire avait, paraît-il, duré un mois.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 123-130)

[Por necesidad de claridad, se puede considerar en el análisis de la estructura burocrática tres sectores distintos. Primero, una especie de “administración municipal”, que controla y organiza cada una de las enormes ciudades concentracionarias. A su cabeza, el Lagerältester, el antiguo del campo, y bajo sus órdenes, los Blockälteste, jefes de Block, complementado en algunos casos por subjefes de Block. El carácter de “antiguo del campo” no debe ser considerado más que como un título. El  Lagerältester es uno de los más poderosos aristócratas. Por su función, controla las principales actividades interiores y se encuentra de este modo en el centro de las intrigas y así directamente sabe mucho de eso. Legalmente puede destituir a cualquiera de los altos burócratas bajo sus órdenes.

La segunda zona de la burocracia “municipal” incluye a los jefes de dormitorio, los Stubendienst, encargados de la limpieza, de la disciplina y de la distribución de la comida en cada dormitorio, y finalmente los Läufer, portadores de órdenes (un “ciclista”, un agente de enlace) y los Dolmetscher, intérpretes.

(…)

Los servicios de avituallamiento que se agrupan en la cocina con el Küchekapo a la cabeza, disfrutan de una autonomía y de un poder considerables. Incluye el grupo de los cocineros propiamente dichos, los panaderos, y los numerosos funcionarios encargados de llevar los víveres al campo, llevar la contabilidad y repartir la comida. El poderío de esta organización se debe, por una parte, a que controla los víveres, es decir, la riqueza por excelencia, y por otra por sus contactos con los civiles. Incluso el más insignificante funcionario de la cocina disfruta de una amplia influencia. El Küchekapo es un hombre de una gran importancia que dispone de una influencia a menudo decisiva, teniendo en torno suyo una numerosa clientela reclutada entre los burócratas de alta y media graduación.

La importancia del Revier viene principalmente de los múltiples papeles que juega en las intrigas interiores y en sus relaciones con los SS; en segundo lugar, del hecho de que los medicamentos pueden ser una preciosa moneda de cambio con los civiles. El Kapo del Revier, si no ostenta poderes comparables a los del Lagerältester y del Küchekapo, no disfruta sin embargo de una menor consideración. A nadie de las diversas facciones que dividen la aristocracia le es indiferente disponer de cómplices en el Revier. Lo que explica que los puestos de responsabilidad del Revier no sean repartidos según cualificaciones médicas, sino en razón de vínculos de pertenencia con los grupos existentes, y según la relación de fuerzas. Fuera del Kapo del Revier, los puestos importantes consisten en el control de los diferentes servicios, de la entrada y de las salidas. Los verdaderos médicos, que son generalmente casi todos extranjeros, entre los que hay una gran proporción de franceses, no disfrutan de ninguna autoridad. No tienen ni que decidir quien debe ser admitido, ni fijar la fecha de salida de los enfermos. Pueden sugerir, proponer, dar una opinión. (…) Sucede por tanto muy a menudo que las operaciones son realizadas por personas completamente incompetentes: antiguos albañiles, o como en el caso de Neuengamme, por un gangster, antiguo camarada de Al Capone. (…)

Las relaciones amistosas con los funcionarios del Revier permiten curas de reposo a los burócratas y a su pandilla. Se inventan temperaturas, se fabrican diagnósticos. La retirada al Revier puede tener un gran interés cuando las luchas intestinas llegan a una fase delicada, a un momento peligroso. Por lo mismo cuando las relaciones con los SS, por una razón o por otra, se hacen tensas, con el riesgo de perder su puesto o de partir en un mal transporte. Desaparecer durante dos o tres semanas, a veces más, permite a menudo que los asuntos se apacigüen por sí solos.

Las oficinas del Revier pueden ser igualmente almacenes discretos del mercado negro. Cuando las luchas entre facciones se envenenan, el Revier puede permitir la liquidación rápida y discreta de un adversario. En fin, a veces, gracias al Kapo del Revier, es posible cambiar de identidad apropiándose de la de un muerto.

El Kapo del Krematorium puede llegar a tener un papel en estas intrigas y, en particular, el despojo de los cadáveres (dientes de oro, puentes, tatuajes), si los SS no intervienen, le da una moneda de cambio de gran valor. A veces ocurren tejemanejes más curiosos todavía. Robert B. me contó la siguiente historia. En noviembre de 1944, Robert Darnan, resistente y sobrino del celebérrimo miliciano, trabajaba en Neuengamme en la Klinker. Un día, encontró en su sopa una mandíbula humana. Sorprendido, mostró el objeto a Jacob. Jacob era un alemán social-demócrata muy simpático y que hablaba bastante bien francés. Encontró el descubrimiento curioso e hizo un informe al Obersturmbannführer. La investigación reveló que el Küchekapo y el Kapo del Krematorium se habían entendido para vender la carne de la cocina a los civiles y alimentar con fiambres a los concentracionarios. La operación beneficiaba a todos. La carne desaparecía para el beneficio de los dos compadres, y como de todos modos los concentracionarios no la habrían ni olido, era una especie de extraña caridad darles cadáveres. La carne de muerto sigue siendo carne. Los dos Kapos fueron colgados de la Gran Plaza de Neuengamme. Juraría que muchos lamentaron el descubrimiento de Robert Darnan. Parece que el negocio había durado un mes.]