L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE: LA ARISTOCRACIA DEL ROBO

Posted on 16 mayo, 2014

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KLAUS HORNIGLa liberté d’action engendrée par ces compromissions entre les  SS et la haute bureaucratie, c’est le vol toléré. Vol des vivres et du tabac. La cuisine devient ainsi un centre actif de tractations intérieures. Mais pour garder quelque apparence, les échanges s’opèrent à la Schreibstube ou au Revier. Vol de colis, le meilleur : friandises, chocolat, vitamines, fruits, conserves, tabac, sous-vêtements, chaussettes, mouchoirs, lainages, chaussures. Vol des vêtements. Lorsque les nouveaux concentrationnaires débarquent, des mains diligentes les dépouillent de tous leurs biens. Tout est rang, empaqueté pour la libération. Dérision. Pas un des anciens ne croit plus à la « libération ». si, avec la guerre, mais autrement… Et combien de morts, d’ici là, des milliers ! Et puis, comment ça se fera, et où ? Alors, pourquoi attendre ? Et les hauts fonctionnaires de choisir le plus beau, le plus solide. Ils ont un goût prononcé pour l’élégance, comme une nécessité pour vivre dans cet enfer. Mais combien d’autres besoins : au premier chef, l’alcool ; ensuite, le tabac, les parfums, de bonnes étoffes pour se faire habiller par le tailleur concentrationnaire. Seuls, les civils en disposent. Et de leur côté, les bureaucrates trafiquent avec les civils. De tout. Du café (du vrai), pris dans les colis et dont les Allemands sont gourmands, des sardines (à l’huile) volées toujours dans les colis, des chandails prélevés encore dans les colis, du sucre qui vient de Berlin pour le camp, de la viande destinée aux détenus, des conserves en quantité, des boîtes de confiture, des machines (parfaitement, des machines toutes montées, fraiseuses, magnétos, tours) volées génialement à la fabrique. À Neuengamme, l’alcool arrivait par les péniches. C’est au port que s’opéraient les transactions entre les bateliers et les Kapos. À Helmstedt, l’alcool passait par le Revier en échange des médicaments. Il est inutile de préciser que l’alcool était formellement interdit dans les camps.

Les Kapos, toujours en relation avec les civils au chantier ou à la mine, après des semaines de contacts réguliers, parfois essayaient d’obtenir des habits civils, de faux papiers. L’évasion les hantait. Mais c’était là une aventure qui presque toujours finissait très mal. C’est également avant tout pour préparer cette évasion reculée souvent, coïncidant suivant les plans avec la fin de la guerre, que les bureaucrates désiraient de l’argent, s’emparaient des bridges ou des dents en or avant que les SS ne les eussent réclamés.

Telle était l’aristocratie des camps. Et les avenues royales de la corruption sont maintenant nettes.

(Rousset, David : L’univers concentrationnaire, Hachette, 2008, pag. 151-153)

[La libertad de acción engendrada por estos compromisos entre los SS y la burocracia produce el robo tolerado. Robo de los víveres y del tabaco. La cocina se convierte así en un centro activo de transacciones internas. Pero para guardar las apariencias, los intercambios se operan en la Schreibstube o en el Revier. Robo de paquetes, lo mejor: golosinas, chocolate, vitaminas, frutas, conservas, tabaco, ropa interior, calcetines, pañuelos, prendas de lana, zapatos. Robo de ropa. Cuando los nuevos concentracionarios desembarcan, unas manos diligentes les despojan de todos sus bienes. Todo es ordenado, empaquetado para la liberación. Ridículo. Ninguno de los antiguos cree ya en la “liberación”. Si, con la guerra, pero de otro modo… Y cuántos muertos, de aquí y allá, ¡miles!  Y después, ¿como se hará, y dónde? Entonces, ¿por qué esperar? Y los altos funcionarios eligen lo más hermoso, los más sólido. Tienen un pronunciado gusto por la elegancia, como si fuera una necesidad para vivir en este infierno. Pero cuantas otras necesidades: al primer jefe, alcohol; luego tabaco, los perfumes, buenas telas para que el sastre concentracionario le vista. Sólo los civiles disponen de él. De todo. Café (del verdadero), cogido de los paquetes y que tanto gusta a los alemanes, sardinas (en aceite) robadas siempre de los paquetes, jerseys cogidos también de los paquetes, azúcar que viene de Berlín para el campo, carne destinada a los detenidos, conservas en gran cantidad, botes de mermelada, máquinas (por supuesto, máquinas completamente montadas, fresadoras, magnetofones, tornos) robados genialmente en la fábrica. En Neuengamme el alcohol llegaba en las barcazas. Es en el puerto donde se producían las transacciones entre los barqueros y los kapos. En Helmstedt, el alcohol pasaba por el Revier a cambio de los medicamentos. Es inútil precisar que el alcohol estaba formalmente prohibido en los campos.

Los Kapos, siempre en relación con los civiles en la obra o en la mina, después de semanas de contactos regulares, a veces intentaban obtener ropas civiles, documentación falsa. La evasión les obsesionaba. Pero esa era una aventura que casi siempre acababa muy mal. Es igualmente ante todo para preparar esta evasión retrasada a menudo, que coincidiría siguiendo los planes con el fin de la guerra, que los burócratas deseaban dinero, se apropiaban de los puentes o de los dientes de oro antes de que los SS los hayan reclamado.

Esa era la aristocracia de los campos. Y las avenidas reales de la corrupción están ahora limpias.]